Les espérances du Mouvement du Nid
à Strasbourg
 

 

Le Mouvement du Nid à Strasbourg :
une équipe engagée dans le monde de la prostitution


 

 

Association nationale reconnue d’utilité publique, et Mouvement d’Eglise créé par le Père André -Marie Talvas en 1937, le Mouvement du Nid est présent en France, dans 35 villes, et à l’étranger (Belgique, Portugal, Brésil, côte d’Ivoire, Hongrie ...).
A Strasbourg c’est en 1972 qu’il a vu le jour.
Aujourd’hui c’est une équipe de 25 bénévoles et 3 salarié(e)s qui mettent en œuvre le projet du Nid.

 
  Un projet avec trois actions  
 

C’est dans le monde de la prostitution et à partir des personnes (personnes prostitué(e)s, clients, ami(e)s, familles ...) que le Mouvement du Nid enracine son actions autour de trois axes :

-Rencontres hebdomadaires sur les lieux de prostitution
-Écoute, accueil, accompagnement vers la réinsertion : soutien dans les démarches santé, logement, formation, travail, protection ...
-Information, prévention, formation : animations auprès des jeunes en lycées et collèges, organisation de débats publics locaux ou européens, formation des travailleurs sociaux...

 
  Une utopie qui dynamise l’action  
 

“ Un jour viendra où la puissance de l’amour vaincra l’amour de la puissance,
alors la prostitution disparaîtra ...”

 
  Les réalités de la prostitution à Strasbourg  
 

Avec l’arrivée des réseaux internationaux dès 1996, les lieux de prostitution se sont diversifiés à Strasbourg, ainsi que les formes. Cependant, différentes dans ses formes et son organisation, la prostitution reste identique dans son . Elle ne peut être un métier, c’est une atteinte à la dignité de chaque personne.

 
  Quelques aspects de la prostitution
Au cours de l’année passée, ce sont plus de 500 personnes différentes que l’équipe a rencontrées, représentant 26 nationalités différentes. Cependant, il faut aussi ajouter le nombre important de clients qui contribuent à donner au phénomène prostitutionnel une certaine importance. Ainsi si chaque soir, 100 personnes prostituées sont présentes sur les lieux de prostitution, il faut aussi reconnaître qu’environ 600 hommes ont acheté un service sexuel.
Parmi les personnes prostituées, nous pouvons distinguer d’une part, la prostitution féminine et d’autre part, la prostitution masculine.
 
 

-La prostitution féminine
Différentes formes :
-”les anciennes” : des femmes dont l’âge peut dépasser 60 ans et qui connaissent la prostitution depuis de nombreuses années . Ayant souvent connu il y a longtemps la violence du proxénétisme , souvent elles doutent,t de leurs possibilités d’envisager une vie en dehors de la prostitution.
-les jeunes femmes toxicomanes : dépendantes de drogues dures, la prostitution est un moyen d’assurer financièrement et quotidiennement l’achat de produit.
-les “occasionnelles” : ce sont des jeunes ou des moins jeunes qui prennent la prostitution comme un complément financier en fin de mois ou de semaines. Mais au fur et à mesure, ces personnes deviennent dépendantes du systèmes et deviennent des “régulières”
-les femmes victimes des réseaux internationaux: elles représentent 85% des personnes rencontrées sur les lieux de prostitution et constituent deux grands réseaux : celui des pays de l’Est (en majorité composé de Bulgares, Tchèques, Slovaques, mais aussi des Roumaines, Polonaises, Ukrainiennes, Russes, Moldaves...) et celui des Africaines (majoritaire ment du Nigeria ou Sierra Leone, mais aussi du Cameroun, Côte d’Ivoire, Congo, Ghana....)

-La prostitution masculine
Plus discrète, cette forme de prostitution a toujours existé et se développe, en particulier chez des jeunes mineurs qui se retrouvent plus prioritaire ment sur les lieux de drague homosexuelle. A ces jeunes “tapins”, il faut aussi ajouter les travestis, les transgenres ou transsexuelles.
Parmi la prostitution française uniquement, la prostitution masculine représente environ un quart des personnes rencontrées.

 
   
 

Les espérances vécues

au Mouvement du Nid Strasbourg

Les personnes prostituées : nos ami(e)s
Accompagner des personnes vers la sortie de la prostitution est une réelle espérance. Cela suppose avant tout que chaque membre de l’équipe ait cette espérance enracinée au plus profond de lui, d’elle. Ainsi, nous mettons en oeuvre l’intuition du fondateur qui recommandait de “garder pour elles l’espérance, que parfois elles n’ont plus d’elles-mêmes”. C’est ainsi qu’un jour, une personne de passage à la permanence résumait l’action du Nid suite à un échange sur les moments passagers de violences à l’accueil : “Ne t’étonne pas si au Nid, on te vole dans les plumes, quand les personnes ont des fondations de plumes, elles ont besoin de voir si en face c’est du roc. Il faut que vous ayez des fondations solides pour que les gens puissent s’y reposer, et les tester”. Et c’est de ce Nid que régulièrement tout au long de l’année, des personnes prennent leur envol vers leur liberté retrouvée et consolidée. Ils, elles sont pour nous des signes d’espérance.
Ainsi, l’histoire de Mouloud qui confiait à notre Évêque :
« Père,Vous nous avez manqué. Nous vous aimons beaucoup et apprécions lorsque vous venez à nos petites fêtes. Cela fait d’ailleurs longtemps que vous n’étiez pas venu nous voir.
Je sais que vous vous rappelez de moi. A l’époque, j’étais travesti au boulevard depuis 15 ans. Et grâce au Bon Dieu, le 10 Mars, je me suis présenté à l’ANPE. de Schiltigheim. Ils m’ont accordé une place pour envisager un travail comme bagagiste.
Durant 3 mois, j’ai fait ce métier en Contrat à Durée Déterminée, et depuis Août j’ai eu un nouveau Contrat à Durée Indéterminée. Je suis aussi devenu chef d’équipe à cette occasion. Je m’occupe des collègues pour coordonner le travail qui consiste à attendre l’arrivée des avions, à décharger les bagages, puis à monter à l’intérieur de l’avion pour faire le ménage. Entre temps, les bagages arrivent et avec deux personnes nous descendons pour charger l’avion des nouveaux bagages, puis c’est l’envol.
Grâce à ce travail, je me sens très bien. Cela me change toute ma vie. Je serai content lorsque j’aurai mon logement à moi grâce au Nid qui s’occupe beaucoup de moi. Je ne veux plus partir du quartier gare où je suis habitué. C’est là que j’espère avoir mon appartement.
C’est petit à petit que l’on sort de la prostitution. Cela fait maintenant 9 mois que je ne suis plus dehors et je me sens bien car les insultes, les agressions quand on est dehors, c’est difficile.
Je suis content maintenant de savoir qu’à la fin du mois j’ai un salaire pour vivre. Je n’ai pas besoin d’avoir peur de l’hiver qui arrive car être dehors c’est dur, surtout maintenant où il y a les filles des pays de l’Est.
Nous comptons sur vous pour qu’il y ait moins de prostitution à Strasbourg, que vous aidiez les gens à avoir des papiers et un vrai travail car la prostitution c’est pas un métier, c’est un esclavage. L’argent qu’on gagne ce n’est pas de l’argent mérité, c’est de l’argent sale. Maintenant avec mon argent de mon travail je peux vivre mieux qu’avant. Les gens me regardent autrement. Je ne suis plus un travesti. Je suis devenu un homme»

Patricia, 41 ans, en est autre signe avec la mise en oeuvre de son sevrage de l’alcool,après avoir quitté le monde du spectacle en Allemagne et la prostitution de rue. Puis forte de cette indépendance, elle a envisagé un retour à l’emploi dans le cadre du chantier d’insertion et la définition d’un projet professionnel qui répond à ses aspirations. Aujourd’hui, elle dit : “Non plus jamais, je ne retournerai à la prostitution, je veux vivre comme tout le monde avoir des projets, mon petit chez moi, un petit chien, et trouver un travail qui me passionne. Maintenant, j’ai aussi découvert des passions. J’aime me rendre à la bibliothèque, faire des recherches, écouter des émissions, apprendre.Mais recommencer sa vie à zéro, à plus de 40 ans, c’est dur!il y a aussi tout mon passé qui resurgit. Mais dans ces moments, je sais que je peux compter sur le Nid. Ca fait du bien de parler.”

Sandrine, jeune maman de deux enfants se bat pour se stabiliser . Après avoir connu la prostitution en étant mineur, des moments de bonheur, des moment,s de rechutes qui sont allés jusqu’au placement de ces deux enfants; elle réussit a retrouver un équilibre personnel pour accueillir à nouveau auprès d’elle ces deux enfants à l’occasion des fêtes de fin d’année.”Plus jamais, maintenant, ils ne seront placés. C’est avec moi qu’ils veulent vivre. Je veux ête une maman comme les autres. Ils me donnent la force de me battre”.
Milouchka, Slovaque et Nella , Russe qui ont osé dénoncer leur réseau de prostitution sont aussi signes d’espérance. Elles ont osé rompre avec la loi du silence et de la violence. Elles ont accepté de s’adapter à une nouvelle culture pour préserver leur liberté. Courageusement, elles se battent et ont trouvé un petit travail, qui leur permet même parfois de soutenir leur famille proche restée au pays. Tout ce travail de rencontre et de proximité avec des femmes d’origine étrangère permet aussi de faire reconnaître au sein de l’association et auprès des autres personnes d’origine française, la richesse de ces cultures différentes. Le Nid devient lieu d’un regard nouveau sur ces personnes qui dans la rue sont souvent regardées comme la concurrence, celles qui désorganisent la prostitution. Au Nid, chacun, chacune découvre son identité d’Etre Humain quelle que soient ses origines : chacun(e) a droit au respect et à l’accueil. Le repas de l’Epiphanie depuis 2 ans, avec les dégustations de spécialités des pays , préparées par les personnes donnent une nouvelle saveur à cette espérance.

 
  Échos sur la vie à la permanence
: Nos ami(e)s témoignent
 
 
 

“Le Nid est pour moi un soutien, une entraide. Grâce à l’ensemble de l’équipe qui a vécu des choses similaires, c’est - à - dire la prostitution. Au Nid, on trouve aussi Isabelle, ainsi que Laurence, la secrétaire qui nous aident dans les papiers administratifs. Le Nid est un endroit chaleureux. Les lundis et jeudis se trouve une permanence pour tous ceux ou celles qui le veulent. Vous pouvez faire un C.E.S., tout comme moi, j’ai fait. Au Nid, vous est offert un café en toute simplicité. J’allais oublier, il y a aussi des bénévoles très gentils et compréhensifs. Tout comme Dorette, Joseph, etc... Personnellement, j’ai découvert de belles choses en création au Chalet de Noël qui m’ont plu énormément.” Carine

“Je m’appelle Nadia, bientôt j’aurai 42 ans, je connaissais le Nid depuis un bout de temps, et un jour, Isabelle est passée me voir à la gare et m’a donnée la carte pour passer au Nid. Je n’y suis jamais allée. Un après - midi du mois de Juin, je suis passée devant le Nid et je suis montée. J’étais vraiment mal. Quand j’ai franchi la porte pour la première fois, j’ai reconnu des gens et je me suis sentie à l’aise. Le lendemain, je suis revenue, je croyais que c’était la porte du paradis qui s’était ouverte devant moi, grâce à l’équipe du Nid et tout le monde que je connais car j’étais une femme perdue. J’ai trouvé un foyer et je suis redevenue une femme comme les autres, je travaille, je fais un C.E.S. et je vois le soleil se lever et non plus le monde de la nuit. Je remercie toute l’équipe pour son soutien.” Nadia

“Le Nid est constitué de bénévoles, de la permanente Isabelle et de la secrétaire Laurence. Les bénévoles viennent pour aider l’association, pour écouter. Ils sont là pour écouter les personnes déprimées, heureuses, agressives, etc... Isabelle, la permanente s’occupe de tous les jeunes du Nid en difficultés que ce soient paperasses, problèmes personnels. Toute personne qui est en danger peut venir. Tous les jeunes du Nid qui viennent chercher de l’aide sont plus ou moins timides, impatients...
Une fois qu’on sort de la prostitution, on croit qu’en connaissant le Nid, il y aura immédiatement un miracle : “J’aurai un appartement, un travail et hop! toute ma situation est changée. La page de la prostitution est définitivement tournée.” Or, ce n’est pas le cas. C’est un long travail. Tout n’arrive pas comme cela. Isabelle nous explique bien qu’arrêter la prostitution est un premier pas, mais que petit à petit, comme l’oiseau, il faut construire son nid : que ce soit mental, être bien dans sa tête et dans son corps ou matériel de commencer d’autres démarches. Après, il faut apprendre à vivre avec très peu d’argent ou pas du tout. Il faut apprendre à faire à nouveau confiance, à gérer son agressivité, sa colère, ses émotions. C’est un long travail.
Qu’on ait 16 ou 30 ans, tout est possible, mais souvent c’est à partir de 30 ans que les remises en question sont plus importantes. Elles sont permanentes chez les personnes qui veulent plus ou moins s’en sortir, mais vers 30 ans, c’est souvent là qu’il y a beaucoup de regrets face au passé. On repense aux erreurs qu’on a faites, “Pourquoi ai - je réagi comme cela? Pourquoi ai - je fais cela ?” C’est en trouvant des réponses qu’on avance. C’est une nouvelle naissance. On essaie de ne plus faire de connerie, de ne plus se laisser influencer, avoir une vie meilleure, même si cela n’est pas toujours facile. Je suis, j’existe, la vie n’appartient qu’à moi je vais la réussir.” Sarah

 
 
  Le chantier d’insertion : retrouver sa dignité, un statut de salarié(e) et une reconnaissance sociale  
 
Créé, il y 5 ans, le chantier d’insertion du Nid permet à des personnes connaissant ou ayant connu la prostitution de reprendre progressivement un rythme de travail en journée , dans le cadre un emploi à mi-temps (Contrat Emploi Solidarité) . A cours de ce temps de travail (création d’objets décoratifs et vente au marché de Noël strasbourgeois), les personnes ont aussi la possibilité d’avoir une formation et un suivi personnalisé qui prend en compte le vécu dans la prostitution. Ce chantier d’insertion est un premier pas dans la reconstruction de la personne humaine. C’est une revalorisation des potentialités de chaque personne. C’est un lieu d’apprentissage pour retrouver confiance en soi et avoir un nouveau statut de salarié(e) dans la société. Espérance pour les personnes salariées, le chantier est aussi une espérance pour toutes les autres personnes qui sont encore dans la prostitution et qui manifestent un sérieux intérêt pour le travail de leurs “copines” lorsqu’il s’agit de la vente en publique sur la place Kléber ces dernières années. Quitter la prostitution c’est possible, le chantier d’insertion du Nid en est une expression bien vivante!
“Le Nid est un lieu de réinsertion. Il propose plusieurs démarches que ce soit travail ou social. C’est un lieu aussi pour rencontrer des personnes en difficultés et pour discuter en toute amitié. Ce que le Nid propose chaque année est un Contrat Emploi Solidarité.. Ce C.E.S. permet de retrouver goût à la vie et de se réhabituer au monde du travail et d’avoir une meilleure vie. Le Nid accueille chaleureusement les personnes et leur redonne de l’espoir et un soutien moral. Il y a aussi des bénévoles qui travaillent et donnent des conseils et nous apportent aussi leur affection.” Céline
 
  “Pourquoi le Nid existe ?  
  Pour venir en aide aux personnes dans la détresse, aussi bien pour la prostitution, la drogue ou l’alcool. Quand nous sommes à la porte du Nid, nous recevons un accueil chaleureux. Nous passons dans le salon, là beaucoup d’autres femmes sont déjà là, buvant un café, fumant une cigarette ou grignotant des gâteaux. L’atmosphère est détendue. En continuant notre avancée, nous arrivons au bureau, où Laurence, la charmante et douce secrétaire du Nid est là avec Isabelle, la permanente pour essayer de voir clair dans les papiers, qui bien souvent, nous empoisonnent la vie. Voilà, c’est fait le problème sera résolu, dans les prochains jours Maintenant, il y a aussi des C.E.S. qui sont proposés une fois par an. Cela apporte aux gens qui sont encore au trottoir de pouvoir se sortir de la prostitution, avec à la fois une bonne ambiance. Nous apprenons des tas de choses, réalisation de différents objets qui seront vendus au Marché de Noël dans le “Bateau” du Nid. Vous pouvez vous rendre compte à quoi sert le Nid après ce petit descriptif. Je trouve que c’est très utile, et que peut - être avec la contribution d’Isabelle et de Laurence, et tous les bénévoles, la prostitution disparaîtra. C’est du moins ce que nous souhaitons toutes. Merci à toute l’équipe du Nid” Josiane  
     
  La formation des étudiants en travail social : travailler sur les représentations autour de la prostitution et développer le partenariat pour l’insertion
Sollicité par l’Ecole Supérieure en Travail Social, depuis deux ans le Mouvement du Nid a l’occasion de partager son expérience et son “savoir” aux futurs travailleurs sociaux, éducateurs ou assistants sociaux dans le cadre de deux journées de formation. Ce travail en amont permet d’élargir le réseau des acteurs pour faciliter la réinsertion des personnes prostituées.
 
 
  Les rencontres avec les jeunes
Dans une société qui a tendance à banaliser le corps humain, allant jusqu’à le considérer comme uns simple marchandise que l’on peut déplacer, exporter, plus facilement que de la drogue ou des armes, le Mouvement du Nid veut permettre une réflexion sur les causes et les conséquences de la prostitution. Les dialogues avec les jeunes sont très intéressants et permettent de faire circuler librement la parole sur ce sujet qu’ils connaissent déjà bien par les media, mais aussi sur d’autres aspects touchant au respect de son corps , aux relations hommes-femmes, à la place de l’argent ... De tels moments de dialogue permettent d’oser des paroles sur l’amour, la vie affective qui prend en compte toute l’intégrité de l’être humain, son originalité qui se découvre dans la rencontre et le dialogue amoureux et qui ne peut être comparé aux propositions valorisés dans les nombreux films pornographiques que les jeunes regardent ensemble, ou parfois même en famille. Être accueillis dans les établissements scolaires est pour nous une grande espérance pour revaloriser la dignité et la spécificité de tout être humain.
 
     
  Les rencontres avec les clients de la prostitution
Avec l’arrivée des réseaux de prostitution étrangère, le Mouvement du Nid est de plus en plus sollicité par des appels téléphoniques de clients de la prostitution qui “veulent aider une de leur copine”. Ce premier élan de sympathie, à l’origine de l’appel permet souvent de rencontrer ces hommes et de dialoguer avec eux sur leur histoire personnelle de façon à ce qu’ils trouvent pour eux d’autres chemins de libération. Ces rencontres peuvent aussi aboutir à des choix de la personne prostituée concernée pour entamer des démarches de libération du réseau. Elle se sent alors soutenue et trouve alors les forces nécessaires pour oser quitter ce cercle de la violence dépersonnalisation, enferment avec des chantages affectifs puissants. C’est l’histoire récente que nous avons vécue avec Cornélia, jeune roumaine de 20 ans qui s’est fait piéger par la promesse d’un travail en Europe, pensant ainsi soutenir ses parents qui ont à deux une pension de 40 euros et doivent encore soutenir deux de leurs enfants. De cette promesse de travail, Cornélia alors enceinte de quelques mois, n’aura connu que l’esclavage de la prostitution d’abord en Italie, puis en Espagne , en Belgique et enfin chez nous. De la Belgique reste encore une grande souffrance car c’est là-bas qu’en urgence elle a accouché il y a mois d’un petit garçon qu’elle a dû laisser dès le troisième jours sous les pressions des proxénètes qui avaient promis de venir le récupérer plus tard. Le calvaire allait se poursuivre dans l’est de la France où le réseau albanais avait décidé de la placer. Surveillée, angoissée, Cornélia ne pensait qu’à son fils qu’elle “n’avait jamais voulu abandonner, ni faire avorter”. C’est donc par amour pour son fils, avec le soutien d’un de ces client qu’un soir elle s’est décidé à tout laisser pour partir et dénoncer tout ce trafic européen. Avec comme seule pensée: retrouver son fils. Grande espérance pour elle, mais pas facile à concrétiser lorsque le nom de l'hopital est imprécis et que la langue est différentes. Mais après plusieurs recherches, des fax, des dialogues l’enfant est retrouvé. L’adoption qui était en cours est stoppée.
 
 
 

Le travail européen : favoriser la coopération et la rencontre entre différents acteurs pour faire évoluer l’Europe sociale et l’Europe de la justice.
Les rencontres sur les lieux de prostitution et l’accueil à la permanence sont autant d’occasions pour mieux comprendre la prostitution dans la particularité de l’histoire de chaque personne, mais aussi dans la complexité du développement international, de la place de l’argent dans les rapports humains, mais aussi les rapports entre pays. Toute cette richesse de vie a fait l’objet de deux colloques européens organisés par notre équipe. Ils ont permis d’intensifier la collaboration et la connaissance réciproque avec d’autres associations, mais aussi avec des représentantes de la justice , de la police, des institutions et des états. En effet travailler au niveau européen dans ce cadre, c’est ouvrir des chemins de rencontres avec des partenaires différents qui n’ont pas souvent l’occasion de coopérer ensemble sur un même projet. C’est d’ailleurs suite au dernier colloque qu’est née la permanence accueil de Kehl, soutenue par les autorités locales de la ville, les églises catholique et protestante et les différents acteurs sociaux.

 
     
 

Le travail avec les autorités pour l’obtention de titre de séjour : donner corps et visage à la loi
Dans la lutte contre les réseaux, un travail de partenariat avec la justice, la police et la Préfecture s’est développé pour favoriser l’obtention de titre de séjour pour des personnes en danger dans leur pays d’origine. Une possibilité offerte par la loi, mais qui doit être concrétisée grâce un travail de rencontre et de réflexion commune. C’est par la sensibilisation sur les situations inhumaines et déstructurantes vécues par les personnes que des textes juridiques prennent vie.


Strasbourg le 19 Avril 2004

 
     
 



 
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